Skip to content

Cancer, décès, funérailles, incinération …

8 mars 2013

Lien : http://www.organisons-nous.com/cancer-deces-funerailles-incineration

Il est un événement auquel on ne s’attend généralement pas, et face auquel on est particulièrement démuni, c’est la perte d’un être cher.
Qu’elle soit consécutive à une longue et pénible maladie ou aussi soudaine qu’un arrêt cardiaque, ou pire encore, qu’il s’agisse d’un enfant, il y a certaines choses qu’il vaut mieux savoir.

J’ai perdu ma mère il y a environ quatre semaines et j’ai été confrontée à un ensemble de choses que je n’aurais jamais imaginées.

1. L’état de choc

La mort de ma mère n’a pas été inattendue puisqu’elle a été consécutive à son troisième cancer et à une lourde et triste hospitalisation.  Cependant, je n’avais absolument pas imaginé que je resterais prostrée pendant deux à trois semaines. Incapable de me concentrer, de décider ou de prévoir quoi que ce soit, d’effectuer les tâches les plus routinières, j’ai passé plus de vingt jour sans plus me préoccuper de rien, avec les conséquences gênantes suivantes :

  • rupture de paiements
  • perte de documents importants
  • actions non effectuées ou non terminées
  • dossiers finalisés hors délais…

Un mois après, je peux enfin commencer à récupérer le retard et me mobiliser.  J’ignore si cette réaction est fréquente, mais si j’avais pu la prévoir, j’aurais pris des dispositions.

Ce que j’avais pu prévoir…

Il est bon de noter que d’excellents livres existent pour préparer les enfants à la disparition, subite ou non, de leurs grands parents :

  • « Alice au pays du cancer », malheureusement indisponible mais dont on m’a dit le plus grand bien.
  • « Mon grand’père est un fantôme », qui sensibilise les petits à l’importance des au-revoirs.
  • « Un noeud à mon mouchoir » de Bette Westera, pour se souvenir.

Demandez conseil à votre bibliothécaire.

L’oncologue nous avait fourni un ensemble de brochures qui nous ont bien aidés également, que j’ai laissé traîner dans toute la maison, me basant sur l’hypothèse (qui s’est révélée exacte) que mes enfants liraient tout ce qui serait à leur portée. Je me suis assurée qu’ils en avaient pris connaissance et transmis à leur petit frère.
Pessimiste, fataliste… j’ai préféré informer les plus grands (10 et 9 ans) de la maladie de leur grand-mère, de son issue incertaine…  Ils n’ont pas été pris au dépourvu.
D’autant plus que j’avais prévenu les institutrices et le directeur de leur école en leur demandant d’aborder, si possible, le sujet en classe.

Ce que je n’avais pas prévu mais qui s’est révélé utile…

Le meilleur cadeau que j’aie fait à ma mère a été un smartphone : il lui a permis d’écouter des livres et des audiocaments durant sa chimiothérapie, de prendre des photos de ses petits-enfants, et d’envoyer des SMS à ses amis. Quand elle n’a plus été capable de parler, j’ai pu lui lire la liste de ses contacts afin qu’elle m’indique ceux qu’elle souhaitait que je prévienne. Et heureusement, je connaissais le fonctionnement de son GSM, choisi en fonction de son ergonomie et de ma capacité à en expliquer l’usage.

Je me suis promis de faire un jour un article sur les mp3 et en particulier les audiocaments et les CD de méditation. Je pense que ce qui m’a encore été le plus précieux ces derniers mois a été ma pratique de la méditation « mindfulness » ou méditation de pleine conscience, principalement connue pour ses effets sur le stress, la dépression et la douleur chronique mais très utile également dans la gestion des émotions.  Se laisser submerger par la colère et la tristesse est légitime, mais inutile, et peut vous empêcher d’entendre ce que la cancérologue essaye de vous dire.  A contrario, mettre ses émotions entre parenthèse laisse l’esprit disponible pour écouter et poser les questions utiles, si douloureuses soient-elles.

Mon homme a eu l’excellente idée d’imprimer et encadrer une photo pour la poser sur le cercueil. Elle a également servi à illustrer des cartes pour remercier les personnes qui ont témoigné de leur sympathie.  Et à aider les amis qui nous ont rendu visite au crematorium à identifier la pièce qui nous avait été assignée pour les recevoir.

Si j’avais pu prévoir….

J’aurais cherché aide et assistance

Dès l’hospitalisation de maman, j’aurais fait appel à divers services, dont en premier lieu une centrale d’aide à domicile (ou aides familiales) disponible auprès de chaque mutualité.  Cela m’aurait évité de prendre un tel retard dans mes obligations administratives, le ménage, etc.  Je n’ai pas voulu limiter mes trajets ni ma présence à l’hôpital, mais bien entendu, quand vous êtes à la clinique ou sur la route, vous n’êtes pas en train de travailler ni de vous occuper de la maison.  Si certaines choses peuvent attendre, il n’est pas prévu que vous puissiez vous abstraire de toutes vos obligations professionnelles, légales, scolaires, administratives…  Qui va s’en occuper ? Certains retards peuvent coûter une fortune (une amende de l’administration de la TVA, c’est 15% !).

Carnet de notes pour ne rien oublier et s'organiser

Carnet de notes pour ne rien oublier et s’organiser

J’aurais également cherché plus activement quelqu’un pour garder les enfants. Heureusement, mes amis étaient présents pour les encadrer lors des soirées de présence au funérarium.
Je n’ai pas emmené mon plus jeune fils au crématorium, que j’ai du quitter prématurément pour aller le rechercher à la garderie.  Mieux préparée, j’aurais pu demander à quelqu’un de le reprendre en attendant le retour du reste de la famille.

J’aurais pris beaucoup de photos !

J’ai été vraiment dépitée de me rendre compte que je possédais vraiment peu de portraits de ma mère.  Elle n’aimait pas être photographiée, et ces dernières années, elle accusait les marques de la maladie, ce qui la rendait encore moins photogénique. Je n’ai que deux photos correctes de mes parents ensemble !

Je n’ai également commencé que très récemment à documenter ma photothèque, et j’ai eu beaucoup de difficultés à retrouver des photos de maman.  Heureusement, nous avions scanné quelques photos de son enfance et de sa jeunesse lorsqu’elles sont entrées en notre possession, et mes disques durs sont assez bien organisés.

J’aurais pris beaucoup de notes

Cet état de choc (je ne trouve pas de terme plus approprié, il ne m’a pas semblé qu’il s’agissait d’un épisode dépressif, mais je n’ai pas vu de médecin) s’est en outre accompagné de pertes de mémoire particulièrement importantes, tant chez moi que chez mon conjoint, et surtout mon père.  Est-ce moi ou quelqu’un d’autre qui s’est trompé en communiquant les heures de la cérémonie ? Cela n’a plus beaucoup d’importance aujourd’hui, mais si la tâche de prévenir les amis après un décès me revenait à nouveau, je confirmerais les horaires et adresses par écrit (email ou SMS…).

2. Les professionnels s’occupent de tout…

L’entrepreneur des pompes funèbres est réputé s’occuper de tout… sauf des décisions qu’il faudra prendre.  Sur le moment, choisir des fleurs, de la musique, une tenue sobre ont été des décisions qui m’ont semblé insurmontables.

Voici ce qu’on m’a demandé dans les premiers moments du décès de maman (et, vu la distance, c’est encore moi qui ai été le moins sollicitée).

  • des fleurs ; un de mes meilleurs amis réalise de magnifiques ikebanas. Malheureusement hospitalisé, il a cependant pu me recommander un fleuriste capable de créer un montage superbe
  • des textes ; autant j’écris facilement quand l’inspiration m’en vient, autant je suis restée démunie. Heureusement, pas ma sœur
  • de la musique (pour la cérémonie au crématorium)
  • une sélection de photos.
montage floral

Le montage floral créé à l’occasion du décès de maman, qui adorait les fleurs et les couleurs vives

La crémation

La crémation n’est pas toujours bien vue.  Pour peu que le défunt ne souhaite pas une célébration religieuse,  la cérémonie a lieu au crématorium, puis le cercueil est emmené alors que les proches quittent la salle dans laquelle ils se sont recueillis, ont lu et entendu des textes, pendant que les photos défilaient… Durant l’incinération proprement dite, famille et amis attendent environ une heure et demie dans la salle qui leur a été réservée. Enfin, les cendres sont remises à la famille ou placées dans un columbarium ou encore dispersées selon les volontés du défunt.

J’ai assisté à trois incinérations, chacune dans un crématorium différent. Autant les deux premières m’avaient laissé l’impression d’un moment plein de dignité, de recueillement, de souvenir et de partage, autant je suis outrée de la légèreté avec laquelle le cérémonial a été mené pour maman.

La communication avec le crématorium a été rien moins que désastreuse, en tout cas à mes yeux.

Des professionnels ne devraient-il pas disposer d’une liste de spécifications pour les éléments qu’ils réclament ?
Voici ce qui m’a été communiqué :

fournir un fichier de 30 photos et de la musique pour 5 moments clés, dont un de 20 minutes.  Sur clé USB. (je cite mot à mot, j’avais noté.)

Mon neveu a donc cherché LA version du Bolero de Ravel la plus longue qu’il ait pu trouver pour combler les 20 minutes en question.

Or, à peine avais-je posé le pied dans le hall que je devais intervenir pour remanier la sélection musicale, car c’était une durée totale de 20 minutes qui nous était accordée.  L’interlocuteur du jour a donné des indications complètement incohérentes par rapport à celles données par son collègue.
des photos de la jeunesse et de l'enfance de la personne disparue pourront intéresser les proches
Les images (des photos au format JPG dont je n’ai jamais pu connaître ni la taille ni le rapport hauteur / largeur ni la résolution souhaités… même après avoir posé des questions extrêmement précises à ce sujet, et ce à plusieurs reprises !) passaient en défilement, à la vitesse d’un cheval au galop. Puis, elles ont bouclé. Plusieurs fois.
J’avais prévu une image de démarrage et une image finale puisque mon la personne interrogée au téléphone m’avait dit que les images seraient projetées durant la partie « recueillement » alors qu’elles ont tourné du début à la fin avant d’être stoppées soudainement, en plein milieu de la sélection alors qu’il avait été question d’un arrêt sur l’image finale.

Et je ne vous dis pas la facilité pour récupérer ma clé USB et celle de ma soeur !

J’ignore pourquoi le funérarium n’a pas pris en charge cette partie « technologique ». Je ne sais pas comment mon père aurait pu se débrouiller sans la collaboration de ses filles et neveux, plus versés dans ce type de manipulations.  J’imagine qu’un bon entrepreneur de pompes funèbres dispose d’un scanner.  Bien qu’elle ait bâclée, la projection de photos a été appréciée, en particulier par les personnes qui connaissaient moins bien ou depuis moins longtemps maman.

Le pire : les indications ! Il faut quand même manquer significativement de sens commun pour marquer sur la salle de réception le seul nom de jeune fille (sans le prénom !) de ma mère qui ne se servait que de son nom de femme mariée.  Tant que les issues étaient ouvertes, la porte cachait cette mention, par ailleurs plus que discrète.  Avec pour conséquence que des amis se sont déplacés et n’ont jamais trouvé le local.  Si j’avais pu imaginer une telle incompétence, j’aurais prévu le fléchage moi-même avec prénom, noms et photo ! En double pour parer aux deux possibilités : porte ouverte, porte fermée.

Enfin, mieux vaut en rire, mais mon père, qui conserve l’urne, s’est retrouvé du jour au lendemain sans la femme de ménage qui venait pourtant depuis plus de dix ans, celle-ci refusant de pénétrer dans une demeure abritant des cendres.

Les collations

Manifestement, les quantités prévues (même en tenant compte de toutes les personnes qui n’ont pu venir !) étaient franchement insuffisantes. 2 thermos de café pour 20 personnes ?  La fraîcheur des viennoiseries était douteuse.  Mon mari n’a pas hésité à poser l’hypothèse que le « catering » était récupéré après le départ d’une famille pour être présenté à la suivante.

On nous a demandé s’il fallait ouvrir le frigo. Avant que quiconque eut pu répondre, l’employé avait disparu.  Impossible de le faire revenir.

Je sais qu’un crématorium en particulier, situé en Wallonie est comparé à une usine. Je préfère une usine qui tourne bien et sans accroc à une bande d’amateurs inexpérimentés.  Voilà,  c’est dit.

3. Après le décès

Il faut s’occuper des affaires personnelles du défunt.
Pour les choses matérielles, c’est encore facile.  Parfois, la personne disparue a laissé des instructions précises.  Pour les vêtements et les chaussures, nous n’avons pas rencontré de souci, d’autant plus que je chausse trois pointures de plus que maman.  Et que ses escarpins ne peuvent être portés par ma fille.  Toutes les chaussures sont donc allées, naturellement, à ma soeur.

L’informatique

Depuis quelques temps, je me posais la question de l’identité numérique (recevant des sollicitations de facebook pour écrire sur le mur d’amis décédés ou leur souhaiter un bon anniversaire, pour tout vous dire).

Qu’advient-il de tous ces comptes ouverts (réseaux sociaux, ebay, forums, messageries, etc. ?). Travaillant sur l’ordinateur de ma fille, j’ai vu arriver un mail de sa grand-mère qui était resté dans la boîte d’envoi de cette dernière.  Suite à une mauvaise manipulations, j’ai appelé le GSM de maman…

L’épouse d’un de mes amis s’est occupée de fermer ses comptes mais que faire si personne ne dispose des mots de passe ?

De la même manière, il sera parfois nécessaire de rechercher des informations sur l’ordinateur du disparu. Ou faut-il reformater les disques durs sans les consulter ? Idem pour les SMS, les emails… Qui doit prendre la décision, et sur quelle base ?
Je conserve les lettres d’amour de mon mari, mais si nous disparaissons tous les deux, je n’aimerais pas que quelqu’un les lise.

Le décès d’un enfant

On en parle rarement car, s’il est naturel de perdre ses parents âgés, personne ne peut imaginer la mort de son enfant ! Or, ce sont des choses qui arrivent plus souvent qu’on ne le voudrait, en particulier durant la grossesse ou peu de temps après la naissance.

Le site http://www.deuil-enfant.be sera peut-être utile aux parents qui subissent cette abominable épreuve.

Tu me manques, maman
Publicités
4 commentaires leave one →
  1. Ronron permalink
    13 avril 2013 22 h 52 mi

    C’est très touchant ce que tu as écrit.

    J’y pense de plus en plus vu que ma mère est malade. Et c’est vrai que je ne saurais pas du tout quoi faire tant au niveau administratif qu’au niveau des affaires personnelles, etc.

    La cérémonie de ta mère ne s’est sans doute pas très bien passée mais je pense que ce n’est pas ce qu’on retient, et heureusement.
    Personnellement, je ne sais pas si j’irai à l’enterrement de ma mère, j’aurai peur de ne m’en rappeler que dans son cercueil.

    Comme toi, je n’ai pas beaucoup de photos de ma mère et encore moins d’elle avec moi (puisque j’ai horreur des photos).

    Toutes mes condoléances en tout cas.

  2. aline permalink
    10 septembre 2013 21 h 34 mi

    bonjour,

    c’est les yeux pleins de larmes que je termine de lire. Ce n’est pas ma maman que j’ai perdu, mais mon papa l’être le plus respectable et aimant que j’ai pu connaitre. J’ai toujours été pleine d’adoration pour lui, d’ailleurs j’agissais souvent en fonction de lui, pour le rendre fier. Mais voila, le cancer est entré dans nos vies, et papa et parti… Le plus dur dans l’histoire, c’est que j’ai perdu mon père et 4 jours après ma deuxième fille naissait, je n’ai pas assisté a son enterrement.. et 9 mois après, la douleur est toujours là, et son souvenir est toujours présent dans mon quotidien dans mes gestes. Au fond je pense que la mort, l’absence et aussi un renouveau, comment prolonger le lien, faire perdurer cet amour malgré l’absence? en faisant chacun a notre façon vivre cet être tant aimé. Je cuisine en pensant a certaine conversation, certain conseil, je repense à son humour décalé, sa sagesse et son calme.. et puis je regarde ma fille et je me rappelle lui avoir dit: papa tu sais elle bouge peu c’est drôle on dirait qu’elle sera aussi calme que toi… Et pour finir dans la douleur mon plus grand bonheur reste de la regarder et la voir lui ressembler, elle m’apaise juste en un regard comme lui seul savait le faire, il m’a laissé ce bel héritage …

    Voila je voulais à mon tour partager mon histoire, et vous dire que j’ai reconnu mon histoire dans la votre vos mots sont justes

    merci

  3. 12 septembre 2013 8 h 19 mi

    Merci pour vos messages. Après presque neuf mois, maman me manque toujours beaucoup.
    J’ai effectivement oublié beaucoup de la « cérémonie », ce qui est une bonne chose.
    La succession est quasiment réglée à présent, mon père se retrouve seul et désœuvré dans la grande maison qu’il occupe depuis 40 ans. Et je ne sais pas comment l’aider, maintenant que j’habite à une heure de route 😦

  4. velvet6981 permalink
    7 mai 2014 10 h 17 mi

    C’est honteux. Je trouve vraiment scandaleux l’attitude et le manque de professionnalisme du personnel du crématorium / de l’entreprise de pompes funèbres.
    J’espère qu’un an après, les choses vous sont devenues moins difficiles, même si comme disait Jacques Brel « On n´oublie rien de rien / On s´habitue c´est tout »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :